Les aliments ultra-transformés sont-ils aussi mauvais pour le climat que pour la santé ?
- admin
- 6 mai
- 4 min de lecture

On les trouve partout autour de nous : dans les placards, les cantines, les rayons des supermarchés. Les aliments ultra-transformés (AUT) représentent aujourd'hui environ 35 % des apports caloriques des Français, et jusqu'à
60 % aux États-Unis. Longtemps critiqués pour leur impact sur la santé, ils sont désormais aussi pointés du doigt pour leurs effets sur la planète. Mais est-ce vraiment les deux faces d'un même problème ?
Ce que l'on sait sur leur impact sur la santé
La question ne prête plus vraiment à débat du côté de la science. En novembre 2025, 43 experts internationaux réunis par The Lancet ont qualifié les aliments ultra-transformés de "menace pour la santé publique à l'échelle mondiale", en s'appuyant sur une synthèse de 104 études de cohorte, dont 92 établissent un lien entre forte consommation d'AUT et au moins une maladie chronique.
Les pathologies documentées sont sérieuses : obésité, diabète de type 2, hypertension, maladies cardiovasculaires, certains cancers, et même des troubles dépressifs ou cognitifs. Les enfants sont particulièrement exposés : selon une enquête de 60 Millions de consommateurs, 8 produits pour enfants sur 10 vendus en supermarchés appartiennent à la catégorie des ultra-transformés, qui représentent près de 50 % de leur apport calorique contre 36 % chez les adultes.
Ce qui rend le tableau encore plus préoccupant, c'est le contexte global : la baisse des rendements agricoles et la flambée des prix des denrées alimentaires poussent de nombreux foyers à adopter une alimentation riche en aliments ultra-transformés, augmentant ainsi le risque de maladies cardiométaboliques comme l'obésité, l'hypertension ou le diabète de type 2.

Et côté environnement, qu'est-ce qu'on sait vraiment ?
Les émissions de gaz à effet de serre : un tableau contrasté
Après analyse de leur cycle de production complet, du champ à l'assiette, les ultra-transformés ne semblent pas émettre plus de gaz à effet de serre que d'autres aliments moins transformés. Cela s'explique principalement parce que l'élément le plus émissif d'un produit n'est pas lié à son taux de transformation mais au type d'ingrédients qui le compose. Par exemple, un steak haché "peu transformé" émet bien plus qu'une biscotte ultra-transformée, non pas parce qu'il est moins industriel, mais tout simplement parce qu'il contient du bœuf.
La viande rouge représente à elle seule 35 % de ces émissions, suivie des boissons (16 %) et des produits laitiers (12 %).

Mais cette lecture au niveau du seul carbone est trompeuse.
L'eau et les terres : les angles morts du débat
Les aliments ultra-transformés nécessitent 10 % plus d'eau potable que les aliments peu transformés. Un chiffre qui paraît modeste, mais qui prend une toute autre dimension quand on considère que l'accès à l'eau potable reste un enjeu majeur dans de nombreux pays, et que ces produits se répandent partout dans le monde.
Une étude publiée dans The Lancet Planetary Health sur le Brésil entre 1987 et 2018 montre que parmi tous les types d'aliments consommés, les ultra-transformés sont ceux qui contribuent le plus à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre, de l'empreinte hydrique et de l'empreinte écologique, notamment la déforestation.
Ce paradoxe s'explique par l'échelle. Individuellement, un sachet de chips n'émet pas grand-chose. Mais à l'échelle d'une transition alimentaire nationale vers plus d'ultra-transformés, l'impact cumulatif devient significatif.
Santé et climat : deux problèmes qui partagent les mêmes causes
C'est peut-être le point le plus important, et celui qui est le moins souvent mis en avant dans le débat public. Comme le souligne Christian Reynolds, co-auteur de l'étude du Lancet Planetary Health, "les maladies liées à l'alimentation et le changement climatique partagent les mêmes causes et doivent donc être traités simultanément".
Autrement dit, ce n'est pas qu'une question de Nutri-Score ou d'empreinte carbone prise séparément. C'est un système alimentaire entier qu'il faut interroger.
Le Green Deal flamand "Protein Shift" en donne un exemple concret : une transition vers un régime composé à 60 % de protéines végétales et 40 % de protéines animales réduirait l'impact climatique de 30 % et l'utilisation des terres de 25 % par rapport à un régime moyen.
Ce qu'on peut changer concrètement ?
Trois leviers sont aujourd'hui discutés par les experts et les associations :
L'étiquetage environnemental Ajouter l'impact climatique sur les emballages, comme cela se fait pour le Nutri-Score nutritionnel. Reynolds préconise notamment des "interventions fiscales comme les taxes ou subventions, la réglementation de la publicité et l'amélioration de l'étiquetage des aliments et des menus en y ajoutant les impacts environnementaux". FoodPrint propose cet étiquetage environnemental en restauration depuis 2022.
La réglementation publicitaire Yuka, foodwatch et France Assos Santé demandent l'interdiction de la publicité ciblant les enfants et un étiquetage obligatoire, face aux risques sanitaires documentés par plus d'une centaine d'études scientifiques.
Les politiques alimentaires coordonnées Selon l'Inserm, améliorer la situation nécessite des politiques publiques coordonnées visant à réduire la production, la commercialisation et la consommation d'aliments ultra-transformés, en parallèle des mesures visant à limiter les apports en sucre, sel et graisses saturées.

Alors, aussi mauvais pour le climat que pour la santé ?
Pas tout à fait de la même façon. Sur la santé, le lien est direct, massif et aujourd'hui scientifiquement incontestable. Sur le climat, l'impact est réel mais plus diffus : ce n'est pas tant l'ultra-transformation en elle-même qui pose problème, mais le système qu'elle représente, surconsommation, empreinte hydrique, déforestation liée aux matières premières, packaging, transport.
La bonne nouvelle, c'est que les deux problèmes ont les mêmes solutions : manger moins de produits industriels, plus d'aliments bruts, plus de végétal. Ce que nos grands-parents faisaient sans y penser, et que la science nous conseille aujourd'hui avec beaucoup de données à l'appui.



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