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PFAS dans l'eau : ce qu'il faut savoir sur ces "polluants éternels"

  • admin
  • 17 mai
  • 5 min de lecture

Des composés chimiques inventés dans les années 1950, présents dans des millions de foyers, et qui mettront des siècles à disparaître de l'environnement : les PFAS ne sont pas une menace abstraite. Pourtant, entre alarmisme et déni, il est difficile de savoir ce que ces substances impliquent concrètement pour votre santé, et surtout ce que vous pouvez faire. Voici une mise au point factuelle.

Que sont les PFAS ?

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) regroupent plus de 10 000 composés chimiques de synthèse. Leur point commun : une liaison carbone-fluor exceptionnellement stable, qui leur confère une résistance remarquable à la chaleur, à l'eau, aux graisses et aux produits chimiques.

Cette robustesse les a rendus omniprésents dans l'industrie depuis les années 1950. On les retrouve dans les revêtements antiadhésifs (Téflon), les textiles imperméables de type Gore-Tex, les emballages alimentaires résistants aux graisses, les cosmétiques, les mousses anti-incendie utilisées sur les aéroports et les bases militaires, ainsi que dans certains pesticides.

Leur surnom de "polluants éternels" n'est donc pas une exagération : certains PFAS ont une vie estimée à plusieurs millénaires dans l'environnement, où ils s'accumulent.

Privilégiez les poêles en inox ou en céramique
Privilégiez les poêles en inox ou en céramique

Pourquoi les PFAS sont-ils dangereux pour la santé ?

La dangerosité des PFAS tient à deux caractéristiques : leur persistance dans l'environnement et leur bioaccumulation dans les organismes vivants, y compris le corps humain.

Des études épidémiologiques et toxicologiques ont associé une exposition élevée à certains PFAS (notamment le PFOA et le PFOS, les deux plus étudiés) à plusieurs effets sanitaires :

  • Effets établis ou fortement suspectés : perturbation du système immunitaire, altération de la réponse vaccinale, augmentation du cholestérol LDL, atteinte de la fonction hépatique, risque accru de certains cancers (rein, testicule etc.).

  • Effets en cours d'étude : impact sur la fertilité masculine et féminine, effets sur le développement fœtal, perturbation thyroïdienne.

Il est essentiel de nuancer : le niveau de risque dépend du type de PFAS concerné, de la dose absorbée, de la durée d'exposition et du profil individuel. L'exposition à des traces infimes dans l'eau du robinet n'est par exemple pas comparable à celle d'un travailleur dans une usine de traitement de surface.

Usine de traitement de surface
Usine de traitement de surface


Comment les PFAS arrivent-ils dans l'eau potable ?

Les PFAS contaminent les sols et les nappes phréatiques via : les rejets industriels directs, l'épandage de boues d'épuration sur les terres agricoles, utilisation de mousses anti-incendie, lessivage de décharges ou de sites industriels.

Une fois dans les sols, ils migrent très lentement mais très durablement vers les ressources en eau souterraine. C'est précisément ce qui les rend si problématiques : même après l'arrêt des rejets, la contamination persiste pendant des décennies.

En France, plusieurs zones sont identifiées comme sensibles, notamment autour de certains sites industriels (Isère, vallée de l'Arve, Grand Est) et à proximité d'aéroports.

Où sont les 10 usines les plus émettrices de PFAS en France ?
Source : Vert, le Média. Générations futures, 2025.
Source : Vert, le Média. Générations futures, 2025.


L'eau du robinet en France est-elle contaminée ?

L'eau du robinet en France est soumise à des contrôles sanitaires rigoureux, parmi les plus stricts d'Europe. Dans la très grande majorité des cas, elle est conforme aux normes en vigueur.


Mais les normes sur les PFAS évoluent rapidement. La directive européenne sur l'eau potable de 2020 a introduit pour la première fois une valeur limite sur une somme de 20 PFAS (fixée à 0,1 microgramme par litre) et sur la totalité des PFAS mesurables (0,5 µg/L). Ces seuils doivent être transposés en droit national en 2026.

Ce renforcement réglementaire ne signifie pas que l'eau était dangereuse avant, il reflète l'amélioration des méthodes de détection et une meilleure compréhension des risques à long terme d'expositions chroniques à faibles doses.

Pour connaître la qualité de l'eau dans votre commune, le site du ministère de la Santé (sante.gouv.fr) publie les résultats d'analyses par code postal.

L'eau en bouteille est-elle plus sûre ?

Pas nécessairement. Plusieurs études indépendantes ont détecté des traces de PFAS dans des eaux embouteillées commercialisées en Europe et aux États-Unis. La contamination dépend de la source utilisée et de son environnement géologique et industriel.



Par ailleurs, les bouteilles en plastique posent d'autres problèmes environnementaux bien documentés. Passer à l'eau en bouteille pour éviter les PFAS n'est donc pas une solution systématiquement pertinente.

Quels aliments contiennent des PFAS ?

L'alimentation représente souvent la principale voie d'exposition aux PFAS, davantage que l'eau potable. Les PFAS peuvent contaminer les aliments via les sols agricoles, l'eau d'irrigation, et les emballages alimentaires.


Les aliments les plus concernés sont les poissons et fruits de mer (bioaccumulation dans les graisses), certains œufs et produits laitiers issus d'animaux élevés sur des terres contaminées, et dans une moindre mesure certains fruits et légumes cultivés sur des sols exposés.

La variété alimentaire reste la meilleure protection : elle limite la surexposition à une seule source.

Peut-on filtrer les PFAS dans l'eau ?

Oui, partiellement. Deux technologies sont efficaces sur certains PFAS :

Le charbon actif (filtres à charbon de type Brita, ou traitement municipal) retient une partie des PFAS à longues chaînes, mais son efficacité est variable selon les molécules et le degré de saturation du filtre.

L'osmose inverse est la méthode la plus efficace (taux d'élimination supérieur à 90 % pour la plupart des PFAS), mais elle est coûteuse, génère des eaux usées et élimine aussi des minéraux utiles.

Ces systèmes peuvent être pertinents pour les personnes vivant dans des zones identifiées comme contaminées. Dans les zones sans contamination particulière, ils ne sont pas indispensables.

Comment limiter son exposition au quotidien ?

L'élimination totale des PFAS du quotidien est impossible. L'objectif réaliste est de réduire les expositions évitables.

À la cuisine : éviter de chauffer des poêles antiadhésives très dégradées ou rayées ; préférer l'acier inoxydable, la fonte ou la céramique pour les cuissons fréquentes à haute température.

À table : limiter les emballages alimentaires graisseux (papiers de fast-food, boîtes à pizza), privilégier les contenants en verre ou en acier inoxydable pour conserver les aliments.

À la maison : aérer régulièrement, car certains PFAS présents dans les textiles et revêtements peuvent se retrouver dans les poussières domestiques.

Côté eau : vérifier les résultats d'analyse de votre commune ; si une contamination est avérée, un filtre à osmose inverse peut être envisagé.

Les PFAS : un enjeu de santé publique pour les prochaines décennies


La question des PFAS dépasse la simple contamination de l'eau. Elle pose la question plus large de la gestion des substances chimiques persistantes dans un système industriel qui a mis des décennies à mesurer les dégâts.

Plusieurs pays ont déjà engagé des procédures de restriction ou d'interdiction (États-Unis, Danemark, Allemagne). L'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) instruit depuis 2023 une restriction d'ampleur sur plusieurs milliers de PFAS non essentiels.

Les contentieux juridiques se multiplient également : 3M et DuPont ont conclu des accords de plusieurs milliards de dollars avec des collectivités américaines pour financer la dépollution des systèmes d'eau.

En France, la surveillance va s'intensifier avec la transposition de la directive européenne. L'enjeu n'est plus de découvrir le problème, mais d'organiser une réponse à la hauteur de sa complexité.

Questions fréquentes sur les PFAS

Les PFAS sont-ils cancérigènes ? Le PFOA est classé cancérogène avéré pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 2023. Le PFOS et d'autres PFAS sont classés cancérogènes possibles. Pour les milliers de PFAS restants, les données sont encore insuffisantes.

Quels PFAS sont les plus dangereux ? Le PFOA (acide perfluorooctanoïque) et le PFOS (perfluorooctane sulfonate) sont les mieux documentés et les plus réglementés. Ils sont désormais largement remplacés par des PFAS à chaînes plus courtes, dont la toxicité à long terme est encore à l'étude.

Peut-on éliminer les PFAS de l'organisme ? Partiellement. Les PFAS à longues chaînes ont une demi-vie de plusieurs années dans le sang humain (4 à 8 ans pour certains). Réduire les expositions ralentit l'accumulation, mais une élimination rapide n'est pas possible sans traitement médical spécifique, inexistant à ce jour.

Les PFAS concernent-ils toute la France ? Non, les contaminations sont très localisées. Mais le fait qu'elles soient localisées ne les rend pas moins sérieuses pour les populations concernées.

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